L’Union européenne a adopté une législation pionnière pour réglementer l’utilisation de l’intelligence artificielle :
Règlement (UE) 2024/1689 établissant des règles harmonisées concernant l’intelligence artificielle (règlement sur l’intelligence artificielle)
Entrée en vigueur
Ce règlement s’applique depuis le . Il existe toutefois quelques exceptions :
- les interdictions, définitions et obligations relatives à la maîtrise de l’IA s’appliquent depuis le ;
- certaines règles ont pris effet le , y compris celles relatives à la structure de gouvernance, aux sanctions et aux obligations pour les fournisseurs de modèles d’IA à usage général.
Interdiction des pratiques présentant un risque inacceptable
Le règlement interdit les pratiques d’IA suivantes présentant un niveau de risque inacceptable
- techniques subliminales ou trompeuses de manipulation
- exploitation des vulnérabilités fondées sur l’âge, un handicap ou des situations socio-économiques pour manipuler
- notation sociale, entraînant un traitement injuste, hors contexte ou disproportionné à la gravité du comportement
- évaluation du risque pénal, sauf dans le cadre d’enquêtes pénales objectives fondées sur les faits
- reconnaissance faciale par le moissonnage de bases de données provenant de l’internet ou des caméras de sécurité sans ciblage spécifique
- inférence sur les émotions dans des domaines sensibles tels que les lieux de travail ou les établissements d’enseignement, sauf s’ils sont utilisés à des fins médicales ou de sécurité
- catégorisation biométrique pour déduire des attributs sensibles (race, religion ou opinions politiques), à l’exception de l’utilisation légale dans le domaine répressif
- identification biométrique en temps réel en public à des fins répressives, sauf stricte nécessité pour certaines situations particulières (recherche de personnes disparues, prévention de menaces imminentes ou identification des suspects de crimes graves, e.a.), mais juridiquement encadré (autorisation préalable, portée limitée et garanties pour protéger les droits et les libertés)
Marquage obligatoire
dans certains cas, la production d’IA générative doit être visiblement étiquetée :
- hypertrucages (deep fake) et
- texte destiné à informer le public des questions d’intérêt public
Approche fondée sur le risque
La législation suit une approche fondée sur les risques, ce qui signifie que plus le risque de nuire à la société est élevé, plus les règles sont strictes. Le règlement définit l’utilisation de l’IA dans les domaines suivants comme étant à haut risque, en raison de l’impact potentiel sur les droits fondamentaux, la sécurité et le bien-être :
- les composants de sécurité dans les produits relevant de la législation d’harmonisation de l’UE (ou en tant que produits autonomes) qui sont soumis à une évaluation de la conformité par un tiers selon la même législation d’harmonisation de l’UE ;
- la biométrie, lorsqu’elle est utilisée pour l’identification à distance, la catégorisation des personnes en fonction d’attributs sensibles (comme la race ou la religion), ou la reconnaissance des émotions, sauf lorsqu’elle est utilisée pour vérifier simplement l’identité ;
- les infrastructures critiques, lorsque l’IA est un composant de sécurité dans des domaines tels que les infrastructures numériques, le trafic, l’eau, le gaz, le chauffage et l’électricité ;
- l’éducation et la formation professionnelle, y compris l’accès aux questions d’éducation, l’évaluation des acquis d’apprentissage, l’évaluation des niveaux d’enseignement ou la surveillance du comportement durant les examens ;
- l’emploi, y compris le recrutement, la sélection des candidats, la prise de décisions en matière d’emploi (promotions, licenciements), l’attribution des tâches ou le suivi des performances ;
- les services essentiels — les systèmes d’IA utilisés par les autorités publiques pour évaluer l’admissibilité aux services publics (soins de santé, prestations), la note de crédit et les risques d’assurance, et hiérarchiser les interventions d’urgence ;
- la répression — les systèmes d’IA utilisés pour l’évaluation des risques en matière de criminalité, les polygraphes, l’évaluation de la fiabilité des preuves, la prévision du risque de récidive ou le profilage des individus dans le cadre d’enquêtes pénales ;
- la migration et le contrôle des frontières — les systèmes d’IA utilisés pour évaluer les risques liés à la migration, à l’asile et aux demandes de visa, ou pour détecter et identifier les personnes dans des contextes migratoires ;
- l’administration de la justice et les processus démocratiques — les systèmes d’IA utilisés par les autorités judiciaires pour la recherche et l’interprétation juridiques ou les systèmes qui pourraient influencer les résultats des élections.
Le règlement introduit des obligations d’information lorsqu’un risque pourrait résulter d’un manque de transparence autour de l’utilisation de l’IA :
- l’IA conçue pour usurper l’identité d’êtres humains (par exemple un dialogueur) doit en informer l’humain avec qui elle interagit ;
- la production d’IA générative doit être marquée comme générée par l’IA de manière lisible par la machine ;
- dans certains cas, la production d’IA générative doit être visiblement étiquetée, à savoir les hypertrucages et le texte destinés à informer le public des questions d’intérêt public.
Tous les autres systèmes d’IA sont réputés à risque limité, et le règlement n’introduit donc pas de nouvelles règles.
Transparence et protection des droits fondamentaux
L’amélioration de la transparence s’applique au développement et à l’utilisation de systèmes d’IA à haut risque :
- avant qu’un système d’IA à haut risque ne soit déployé par des entités fournissant des services publics, son impact sur les droits fondamentaux doit être évalué ;
- les systèmes d’IA à haut risque et les entités qui les utilisent doivent être enregistrés dans une base de données de l’UE.
Réévaluation annuelle
La Commission évalue la nécessité de modifier la liste des utilisations à haut risque de l’IA et la liste des pratiques interdites chaque année. Au plus tard le , et tous les quatre ans par la suite, la Commission évaluera et présentera un rapport sur les points suivants :
- l’ajout ou l’extension de la liste des catégories à haut risque ;
- les modifications de la liste des systèmes d’IA nécessitant des mesures de transparence supplémentaires ;
- les modifications destinées à améliorer la surveillance et la gouvernance.

